Les confessions de Valérie Pourquoi répéter les mêmes 26 postures?

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 26 juillet 2016 – Tous droits réservés.

C’est une question épineuse que je me suis moi-même posée lorsque j’ai commencé à pratiquer cette séquence de 26 postures. “Pourquoi répète-t-on toujours les mêmes postures? Est-ce que je vais me tanner de faire la même chose d’une classe à l’autre ? C’est quoi l’idée de toujours faire la même affaire?”

Ces questions sont apparues grâce à mon mental ! Vous connaissez ? Cette grosse boite noire qui formule des idées, des hypothèses, des scénarios et bien souvent, des scénarios catastrophes ? ! Cette même boite noire qui aime comparer, souvent à notre défaveur, celle qui critique, qui remet tout en question et finalement qui nous fait douter de la validité des choses ou pire encore, de notre propre validité?

Le mental, régenté par l’égo, cherche généralement à faire les choses qui vont lui causer le moins d’inconfort possible. Mais qu’est-ce que l’inconfort pour le mental? Ce sont les choses nouvelles, inconnues ou qui vont complètement à l’opposé de notre schème de pensée. Toutes les choses qui nous sortent de notre zone de confort. Voyez-vous, l’égo aime les choses claires, qu’il peut contrôler, même si elles sont désuètes et ne nous servent plus à rien, même si elles nous font souffrir et nuisent à notre épanouissement personnel. La peur de l’inconnu est sans doute le plus grand frein pour l’humanité et elle peut nous maintenir dans la souffrance très, très longtemps. Pourquoi ? Parce que la souffrance, c’est du connu, c’est même confortable car on sait exactement ce qui va nous arriver. Le hic, c’est que ce qui est confortable pour le mental et l’égo ne l’est pas nécessairement pour le corps. Lorsque le mental tient mordicus à nous garder dans nos vieilles habitudes et qu’elles ne correspondent plus à nos réels besoins, le corps peut alors décider de se rebeller. La rébellion pour un, s’exprimera par des douleurs chroniques et pour l’ autre, elle se transformera en dépression ou en maladie cardiovasculaire. Cela est très malheureux et ma foi, assez pathétique. Tout cela parce que nous acceptons que le mental prenne le plein contrôle…Mais comment tout cela répond-il à mes questions !!

J’ai donc poursuivi ma pratique et gardé en tête ces interrogations, ou ces récriminations de mon mental. Elles étaient mises en lumières par les commentaires et les histoires racontés par les différents professeurs de yoga que j’ai eu le plaisir de croiser tout au long de mes 16 ans de pratique. Ils m’apportaient tous quelque chose de différent. Certains me touchaient par la qualité de leur présence, d’autres par les explications qu’ils donnaient, d’autres encore par leurs histoires personnelles, leur vécu. et les derniers, mais non les moindres, parce que je ne les aimais pas ! Ce sont eux qui m’ont le plus appris car arriver à démontrer assez d’ouverture face aux professeurs qui me dérangeaient m’aura permis de démontrer plus d’ouverture face aux parties sombres qui m’habitaient (et qui m’habitent toujours) et que je n’aimais pas… Et tout cela pour réaliser que depuis trop longtemps, je n’étais plus à l’écoute de mon corps.

Cette compréhension cette ouverture, cette acceptation m’auront ouvert les yeux et permis d’entendre les signaux que mon corps m’envoyait depuis plusieurs années. Et je pouvais également observer un paradoxe entre ce que mon mental et ce que mon corps exprimaient. Mon mental souffrait affreusement mais mon corps réapprenait à se détendre, à relâcher des tensions vieilles de plusieurs années. Bien que mon mental piaffait dans les quatre coins de ma tête, mon corps criait toujours plus fort qu’il se réveillait, qu’il ressentait à nouveau et qu’il aimait ces sensations. C’est à lui que j’ai décidé de faire confiance. Cette nouvelle connexion à ouvert un canal de communication qui s’était fermé lorsque mon mental avait pris le contrôle. Cette nouvelle voix (voie) à laquelle j’avais accès, a tranquillement fait taire mon mental. Et lorsqu’il s’est tut, l’observateur en moi a pris de plus en plus de place dans ma pratique personnelle. Je suis passée de pensées telles que je vais (ou je veux) mourir, c’est trop difficile, je ne serai jamais capable, à ” c’est difficile mais tu peux le faire, prends une pause si tu en as besoin, regarde ce que tu as réussi à faire aujourd’hui ”

Ces observations m’ont aussi permis de comprendre que bien que je pratique les mêmes 26 postures d’une classe à l’autre, ce ne sont jamais les mêmes 26 postures. J’arrive en classe et je n’ai pas la même énergie qu’hier, je n’ai pas mangé les mêmes choses qu’hier. Est-ce que j’ai bien dormi ou suis-je un peu enrhumée ? Tous ces facteurs et bien d’autres, vont influencer ma pratique de yoga. Il ne faut surtout pas sous-estimer la puissance de nos émotions et l’influence qu’elles ont sur notre vie et donc sur notre pratique de yoga.

Si je me suis blessée, je devrai faire face à la frustration de ne pas pouvoir faire toutes les postures comme j’ai l’habitude de les faire. Le mot clé est “habitude”. Nous sommes des êtres d’habitude, nous aimons savoir ce que l’avenir nous réserve car cela nous donne une forme de contrôle, et ce contrôle est un bouclier que nous brandissons haut et fort face à ce dragon qu’est l’inconnu. Lorsque je me blesse, je ne suis plus en contrôle, je dois m’adapter et faire face à de la nouveauté ou à de l’inconnu. Cela est très frustrant pour le mental. Je peux alors rester dans cette frustration, la ruminer et me laisser imprégner par cette énergie plutôt négative, ou je peux choisir de la transformer en quelque chose de positif tel que: observer comment je porte mon poids sur la plante de mon pied même si je ne peux pas lancer la jambe vers le miroir dans la pose du front au genou debout. Ressentir la qualité de la douleur que j’éprouve dans mon isquio jambier. Est-ce une douleur ou un étirement ? Est-ce que je peux modifier la sensation que j’éprouve en contractant davantage mon quadriceps ou mes adbos ?

Il y a toujours quelque chose à observer. Comment est ma respiration? Quelles sont mes sensations physiques actuelles? Suis-je confortable ou non? Est-ce que mes émotions influencent ce qui se passe dans mon mentale et influencent-elles ma pratique ? Si oui, est-ce bénéfique pour moi ou non? Et ce sont ces observations qui colorent ma pratique. Parfois elle est remplie de couleurs primaires, alors que d’autres fois, elle est plutôt sombre. Mais elle est ce qu’elle est et les postures sont ce qu’elles sont. Mais s’il y a une chose dont je ne démords pas, c’est que ces postures ne sont pas les mêmes que celles que j’ai faites hier.

Et bien que je pratique régulièrement la séquence des 26 postures, car elles ont été et restent pour moi la base de ma pratique de yoga, j’adore également pratiquer la classe force et souplesse ou les classes à température du corps qu’on retrouve depuis déjà un an à notre studio car cela me permet d’être dans le moment présent, cet espace privilégié qui est au cœur de toute pratique de yoga.

Qu’en pensez-vous ?