Les confessions de Valérie Les “Pets” !

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 3 août 2016 – Tous droits réservés.

J’écris ce texte aujourd’hui car j’avais envie de démystifier un sujet tabou. C’est un sujet délicat mais qui nous touche tous alors je me lance.

Oui, je l’admets, j’ai déjà pété dans une classe de yoga! Et plus d’une fois à part ça ! Vous ne vous attendiez pas à ça, hein !! Je suis convaincue que vous vous tapez sur les cuisses en vous disant : “Enfin, il était temps que quelqu’un en parle !! ” C’est un sujet d’actualité car depuis quelques jours, les signes ou les sons, se sont alignés pour m’indiquer la voie à suivre… Alors je vous pose la question le plus sérieusement du monde : Qui n’a jamais laissé aller une vesse dans la classe de yoga ? Allez- soyez honnêtes !!

En tant que professeure, j’ai été témoin de plusieurs situations cocasses et ce à quelques reprises. Pire encore, que je pratique ou que j’enseigne une classe de yoga, il m’est arrivé d’en échapper un. Voilà, c’est dit, et je suis entièrement honnête avec vous. Devinez maintenant ce à quoi je pense en écrivant ces mots? Mais qu’est-ce qu’ils vont penser de moi? Et bien que le sujet semble drôle et que c’est la raison de mon propos, il n’en demeure pas moins que lorsque cela nous arrive, c’est la première chose qui nous vient en tête et on aimerait se retrouver 6 pieds sous terre. Pourquoi une réaction si forte à une chose aussi naturelle qu’un pet ?

Vous l’avez deviné, c’est encore notre ami l’Ego !! Ce court mot de trois lettres nous en fait voir de toutes les couleurs et bien qu’il soit nécessaire à notre développement, il peut, lorsqu’il part dans des directions néfastes, lui nuire tout autant.

Que se passe-t-il lorsqu’on est en classe et qu’on échappe un pet ? Sachez d’abord que cela est naturel et même normal !!! Pourquoi ? Parce qu’on s’amuse à compresser de tout bord tout côté le corps, les organes internes et le colon n’y échappe pas, surtout lorsqu’on arrive à la suppression des vents. Sincèrement, on devrait appeler cette posture la suppression des pets! Et c’est exactement sa fonction. On masse le colon ascendant avec la jambe droite, le colon descendant avec la jambe gauche et le colon transverse avec les deux jambes. Et vous voudriez ensuite retenir tous ces jolis vents ? Ça n’a aucun sens !!

Maintenant, pourquoi l’Ego réagit-il aussi fortement ? Simplement parce que nous avons appris à tout classer en deux catégories distinctes qui sont le bien et le mal. Évidemment, péter en public s’est retrouvé dans la catégorie mal car en société, il est préférable d’avoir un peu de retenu, je vous l’accorde. Mais dans une classe de yoga, comme dans la vie, les normes sont différentes. Cette façon de classer les choses n’est pas adéquate puisque les deux options proposées sont trop restrictives. Bien et mal, blanc ou noir, je suis bonne ou je ne suis pas bonne. Vous me voyez venir avec mes gros sabots ! Qu’en est-il des autres couleurs ? Toutes les nuances de gris qu’on peut faire en mélangeant le blanc et le noir ouvrent des centaines de voies nouvelles à parcourir. Découvrons-en quelques unes avec cette mise en contexte:

Je suis en classe, je me concentre sur une posture et, sans même voir quoi que ce soit arriver, je fais un pet. Quel est alors mon premier réflexe ? Je fais comme si de rien n’était et j’espère que personne ne m’a entendue ?; Je m’assume complètement et je m’excuse haut et fort, c’est également une belle leçon d’humilité ! Je regarde mon voisin ou ma voisine pour essayer de lui faire porter le chapeau; Je pars simplement à rire et je m’excuse.

Notre Ego est tellement fort qu’il génère même ce genre de pensées : “Je suis le seul gars de la classe; C’est sur que tout le monde va penser que c’est moi le fautif .” Sincèrement, croyez-vous que les pratiquants vont ressortir en courant pour raconter à qui veut l’entendre que vous avez pété dans la classe de yoga ? Peut-être, et puis après? Cette expérience permettra à des gens de se dilater la rate un peu à votre dépend mais vous n’en mourrez pas!

Mais en tant que pratiquant, un des buts que nous tentons d’atteindre est de travailler le corps et le mental. Si on arrive à développer suffisamment de compassion envers soi-même et envers les autres, on arrivera à se mettre à la place de cette personne pour découvre une sphère nouvelle qu’on appellera: respect de soi. Et la question suivante prend alors tout son sens : “Si cela m’arrivait, comment aimerais-je que les gens réagissent autour de moi ? ” Cette simple question, et la réponse qu’on lui donnera, peut aider à calmer les appréhensions du mental.

Poussons notre questionnement un peu plus loin. Qu’est-ce qui serait plus difficile à gérer? Échapper un pet en classe, ou vous mettre à pleurer ? Les expériences qui nous placent en situation de vulnérabilité n’ont pas la cote. On essaie de les éviter car vulnérabilité rime trop souvent avec faiblesse. Mais lorsqu’on se donne la permission de vivre ce qu’on a à vivre, et la classe de yoga est un lieu sécuritaire où rien de mauvais ne peut nous arriver, prendre conscience de l’éventail de ce que contient notre partie vulnérable peut sembler effrayant. Si on s’arrête à cela, la fuite peut sembler plus réconfortante ou plus facile. L’armure que constitue nos croyances est plus légère à porter que de faire face à l’inconnu que contient toute cette vulnérabilité. En fermant la porte à cette dernière, la vie reprend son cours et il y a cette sensation connue de vide qui revient nous habiter. Elle arrive généralement accompagnée de sa bonne amie “tristesse ou mélancolie.”

Mais la vulnérabilité cache également de très grandes forces comme le courage. Vous l’aurez compris, cela prend beaucoup de courage pour se regarder en face, et c’est ce qu’on fait quand on se choisit, avec toutes nos qualités et nos défauts, toutes nos zones d’ombre et de lumière. On se choisit à part entière pour le meilleur et pour le pire et c’est ce que j’ai appris à faire dans chacune de mes classes de yoga. Un tel geste de courage n’est pas un signe de faiblesse, c’est un geste d’amour envers soi.

Sachant tout cela, je me dis que de partager mes expériences de pets avec vous ne me fera pas perdre ma valeur. Je suis un peu gênée mais je ne me sens pas humiliée et je sais que je n’en mourrai pas ! Je me sens plus forte car ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Mieux encore, peut-être que cette confession vous inspirera à enlever votre armure pour faire une petite place à votre vulnérabilité. Et c’est le pari que j’ai pris en l’écrivant

Je terminerai sur une note plus joyeuse que m’a inspirée le regretté Dédé Fortin: “Tout le monde pète” de la chanson ” Le pape aussi pète! ” que vous retrouverez sur l’album “Atrocetomique”

Vivez, votre vie, riez-la, c’est la seule que vous avez et elle est trop courte pour la sacrifier en futilités comme les pets !