Les confessions de Valérie Prendre le temps de savourer

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 14 octobre 2016 – Tous droits réservés.

Avez-vous pris le temps de savourer quelque chose aujourd’hui ? C’est une question qui m’est posée à tous les soirs au moment où je m’installe au lit car depuis un peu plus d’un an, je remplis un journal qui m’a été offert par mon amoureux lors de nos vacances de septembre 2015. Ce journal, qui s’intitule “Building the best YOU”, en est un de réflexions et il est de plus étalé sur deux années afin de nous aider, j’imagine, à mieux voir nos rouages intérieurs. À chaque jour, je dois répondre aux mêmes questions qui sont: “Qu’ai-je fais aujourd’hui; Qu’ai-je ressenti aujourd’hui; De quoi suis-je reconnaissante aujourd’hui; Qu’est-ce qui m’a “challengé” aujourd’hui; Comment ai-je surmonté le défi, et finalement, Qu’ai-je savouré dans ma journée?

J’ai commencé à remplir ce journal le 11 septembre 2015 et vous savez quoi, il m’arrive encore de m’arrêter à la dernière question et de me dire: “Merde, je n’ai rien savouré aujourd’hui”. Cordonnière mal chaussée ! je passe beaucoup de temps à parler de l’importance de prendre soin de soi, de s’arrêter pour observer ce qui se passe en dedans pour sortir du mental et lorsque je m’arrête pour faire ce court exercice à chaque soir, je vois combien cela m’est encore difficile. J’ai pourtant connu des périodes dans ma vie où je ne ressentais pratiquement aucune résistance. J’étais dans la confiance totale que tout ce qui m’arrivait était pour le mieux et qu’il n’en tenait qu’à moi de comprendre ce que la vie m’offrait à travers les différentes situations que je vivais.

Au cours des derniers jours, mon mental s’est montré très actif. Je sais que ce n’est jamais bon signe lorsque mon mental s’emballe car je le perçois à travers mon corps. Je me crispe, ma respiration devient plus courte, je dors moins bien et tout ce qui m’arrive est orchestré par quelqu’un ou quelque chose qui me veut du mal. C’est complètement insensé, ou légèrement paranoïaque ! mais lorsque le mental prend les commandes, il est le meilleur scénariste pour vous créez les scénarios d’horreur qui vous confirme que la vie est injuste et que tout le monde vous en veut et que patati et patata petite patate, tant pis pour toi !! La roue qui tourne sans fin est partie et elle entraine dans son mouvement nos émotions, nos sensations, notre jugement et que sais-je d’autre encore. Ce qui m’embête le plus, c’est le moment où je commence à prêter des intensions aux gens qui m’entourent sans en vérifier leur véracité. Commence alors un jeu de: “Qui a raison et mon idée est meilleure que la tienne.” On se croirait dans la cour d’une école primaire alors que deux gamins se chamaillent pour déterminer qui est le plus fin, le plus beau, le plus intelligent, et qui a le père le plus fort des deux. C’est n’importe quoi ! Et pourtant, ça semble tellement réel! De plus, une fois que la roue s’est mise en branle, je vois toutes sortes de situations qui viennent alimenter ma version des faits alors je m’enfonce de plus en plus dans mon propre film d’horreur.

Mon père m’a déjà dit qu’une façon efficace de prendre du recul par rapport à une situation trop intense en émotions était de diriger mon attention vers un mur sur lequel je pourrais ensuite projeter les images que je passe en boucle dans ma tête afin de les regarder sous un autre angle. Lors de cette même conversation, il m’a aussi proposé de changer l’un des personnages principaux. “Disons que tu es en conflit avec ton amoureux et que tu n’arrives pas à prendre le recul nécessaire pour regarder les faits, et que la colère est si forte que tu ne peux pas te couper de l’émotion. Mets à la place de ton amoureux, l’emballeur qui travaille chez Métro et revis la même situation.” C’est fou comme l’emballeur de chez Métro ne m’enrage pas comme mon amoureux le faisait! Pourquoi? Parce que je n’ai aucun ancrage émotif avec ce dernier. Le fait de revivre cette même scène avec un individu avec lequel je ne suis pas impliquée “émotivement” me permet de voir les faits sans les émotions qui les entourent. Et c’est à partir de ce lieu plus calme en moi que je peux trouver des solutions qui seront certainement plus aidantes que de simplement blâmer ou chercher un coupable ou encore de savoir à la fin de la discussion qui avait raison et qui avait tord.

Il est facile de se perdre en soi-même et sincèrement, ce n’est pas un endroit où j’emmènerais mes enfants faire un petit tour ! Et pourtant, c’est ce que je fais à chaque fois que je résiste à ce que la vie me présente sur un plateau d’argent pour me permettre d’évoluer. Qui a dit que l’évolution était facile… Certainement pas Darwin ! Les jeunes enfants apprennent par l’exemple. Nous leur disons ce qu’ils doivent faire et leur expliquons de quelle façon on doit se comporter en société et ils nous voient ensuite péter les plombs parce que notre chum n’a pas ramassé ses bobettes ou que le plus vieux n’a pas fait le gazon. Dichotomie. De là est née la phrase célèbre: “Faites ce que je dis et pas ce que je fais” HEEEIIIINNNN ! (C’est le son du buzzeur qui indique une mauvaise réponse !). Là encore, le corps qui est incapable de traiter le mensonge, va réagir de manière à nous faire sentir que nos actions et nos paroles sont incohérentes. On peut appeler cela malaise, inconforts physiques j’irai même jusqu’à dire, maladie.

Alors voilà où j’en suis dans mes réflexions sur la vie et surtout, sur la façon dont celle-ci est vécue en fonction de la teinte qu’on lui donne. Lorsqu’on est coincé dans une situation qui ne semble plus avancée, il est bon de tout laisser en plan pour faire quelque chose de complètement différent. Cela libère de l’espace dans le mental qui pourra, malgré tout, continuer à travailler sur le problème, sans qu’on en tire les ficelles. Cette expérience est plus communément appelée le lâcher prise. Entre alors en scène cette partie de notre cerveau qui travaille plus lentement, un peu comme le disque dure de votre ordinateur. Voici un exemple: “J’ai un mot sur le bout de la langue et je n’arrive pas à le trouver, il est là et je le sens, il me titille mais refuse d’émerger”. Que fait-on dans ce temps là, on laisse aller et boum, au bout de quelques minutes et parfois quelques heures, notre cerveau le fait remonter à la surface. Comment cela est-il possible ? Nous avons consciemment lâché prise mais cette partie plus lente du cerveau, appelons-là l’ordinateur central, a continué à faire des recherches dans tous ses systèmes. Lorsqu’il a trouvé le mot recherché, il l’a ramené à notre conscience et voilà le sentiment d’avoir trouvé ce qu’on cherchait est apparu.

On peut reproduire sur une plus grande échelle cette activité naturelle du cerveau avec des situations complexes ou qui impliquent davantage d’émotivité. La difficulté à lâcher prise lors de ces situations hautes en émotion vient principalement du fait qu’on s’y attache avec une force telle que c’est comme si notre vie en dépendait. Cette force créer de la résistance mentale et la résistance mentale se transforme en résistance physique. Lundi dernier, j’ai passé la journée dans ma tête et ce n’était pas beau. Dieu merci, j’ai opté pour faire la classe de yoga à 17h00 et après 90 minutes à essayer de me concentrer sur mon corps, mes muscles et mon mental, je suis ressortie du cours dans un état incroyable. Je n’arrivais pas à comprendre comment j’avais pu m’en faire autant tout au long de la journée.

On ne le répètera jamais assez, le mouvement du corps apporte une détente au mental. Le corps et le mental sont de vieux amis mais ils ne travaillent pas toujours ensemble pour aller dans la même direction. Lorsqu’il y en a un qui se rebelle, l’autre fait de même et s’installe toutes sortes de petits ou de gros bobos.

Le corps est la toile sur laquelle le mental peint. Lorsqu’on arrive à observer adéquatement le corps, on peut alors décider de changer la couleur que le mental appliquera la prochaine fois.

Soyons les artisans de nos vies, ne laissons pas les autres décider des couleurs qui nous vont le mieux.