Les confessions de Valérie Peur de retirer le masque

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 09 septembre 2019 – Tous droits réservés.

J’aimerais partager avec vous une expérience extraordinaire que j’ai vécue pas plus tard qu’hier matin. Je dis qu’elle est arrivée hier mais elle est en cours depuis toujours ! Je crois simplement qu’hier était une portion de l’expérience un peu plus « crunchy ». Si j’avais écrit ce texte hier alors que j’étais pleinement dedans, j’aurais peut-être eu envie d’ajouter le qualificatif « honteuse » au mot expérience…

Si vous n’étiez pas dans la classe de 9h lundi matin le 9 septembre (9e mois) 2019 « WHAT » (voyez-vous le signe dans la séquence numérologique … le 9 signifiant la fin d’un cycle !) bref, je suis entrée dans cette classe dénudée de mon masque d’apparat.

Je reviens d’une vacance de 10 jours dont 5 où j’ai séjourné aux Îles de la Madeleine. Je suis revenue de cette vacance habitée d’un immense sentiment de vide. Un vide que me reflétait à tous les jours les vastes étendus de sable, la mer à perte de vue et le ciel bleu où aucun autre morceau de terre n’était visible à l’œil nu. Je me sentais vulnérable et minuscule dans cette vaste étendue de bleu, mise face à l’insignifiance de ma présence sur cette terre d’autant plus que nous avions l’ouragan Dorian sur nos talons. Soyez rassurés, nous étions déjà de retour à Boucherville au moment où il frappait les côtes des Îles, mais nous savons qu’il a abimé sur son passage, quelques-uns des sites enchanteurs que nous avons visités et qu’il a détruit le chalet dans lequel un de nos couples d’amis avait séjourné. La force de la nature ainsi que les messages qu’elle nous envoie à travers les cataclysmes qui sévissent sur la terre combinée à la qualité de l’espace ou du vide qui nous entourait a ouvert une brèche en moi qui reflétait ce même vide. J’en parle plus aisément ce matin, mais lorsque cette brèche s’est ouverte dimanche matin, je n’étais pas aussi articulée, je me sentais aspirée par ce vide et j’avais besoin d’aide.

Contrairement à mon habitude, celle d’un chat qui s’en va se terrer pour attendre que ça passe, j’ai contacté une bonne amie en qui j’ai totalement confiance et surtout avec laquelle je savais qu’il me serait possible de plonger dans mon mal être sans jugement. Les trois heures où nous avons discuté ont filé comme le vent. Ces échanges m’ont permis d’établir que dans les différentes sphères de ma vie, que ce soit, l’amour et l’amitié, le travail et la famille, il n’y avait pas de crise existentielle, ce qui est une très bonne chose ! Je me sentais donc un peu mieux en fin de journée.

Je reviens donc au matin du 9 septembre 2019, classe de 9h « WHAT!! ». Je suis arrivée au studio à 7h30, histoire de m’assurer que tout était en place et pour prendre le temps de me mettre à jour. Je portais toujours cette impression de vide et je ne pouvais pas la secouer alors lorsque les yogis ont commencé à passer la porte vers 8h30, j’étais incapable pas répondre à leur question « As-tu passé de belles vacances, es-tu reposée, ressourcée ? » en disant « Ha oui, merci, c’était super ! ». La lourdeur de ce qui m’habitait m’imposait d’être honnête avec mon ressenti et d’être honnête avec ces yogis. J’ai donc assumé complètement que mes vacances avaient été des vacances intérieures, et que j’en revenais avec quelque chose d’informe qui prenait beaucoup de place et surtout une chose avec laquelle je ne savais pas quoi faire. Je savais que mes réponses génèreraient de la déception et aussi de l’impuissance chez les yogis mais je ne pouvais rien y faire. J’ai juste assumé pleinement mon sentiment d’impuissance face à tout cela.

Je suis donc entrée dans la classe à 9h00 en comprenant qu’il était temps de retirer le masque d’apparat et de me montrer telle que j’étais c’est-à-dire, complètement vulnérable et sur le bord de l’anéantissement psychologique. Je me sentais nue comme un vers, je ne savais pas comment serait reçu ma vulnérabilité et c’était effrayant.

Au moment où j’allumais les lumières pour signifier le début du cours, je me suis dévoilée. J’ai tout de suite nommé que je me sentais très émotive et que bien c’était mon retour de vacances, elles n’avaient pas été ce qu’on attend d’elles et que c’était comme ça. J’ai également pris soin de mentionner qu’il y avait de fortes chances que ma voix soit chevrotante tout au long de la classe et que j’assumais complètement cela tout en faisant appel à leur indulgence.

J’ai peine à décrire la suite des choses, car c’est un moment « Ça passe ou que ça casse ». (Imaginez une voix ténébreuse venant du ciel !!). J’étais debout, sur le podium, devant un groupe de 19 personnes qui étaient venues prendre soin d’elles alors que c’est elles qui ont pris soin de moi. Je les revois, avec leur sourire rempli d’amour et d’acceptation face à ma détresse, avec leur propre émotivité refaisant surface sans l’avoir demandé. La vague d’amour que j’ai ressentie était tellement grande que j’ai failli éclater en sanglots drette-là. Dieu merci, Émilie qui était là pour son premier cours, nous a sauvé puisque je lui ai montré la respiration pranayama. J’écris ces lignes et les larmes coulent le long de mes joues tellement l’émotion est encore forte et présente en moi.

J’ai donc enseigné la classe et il y a eu des petits moments d’émotion où ma voix « trémolatait » mais ce fut une expérience extraordinaire simplement parce que je n’ai pas résisté à ce qui était présent en moi. Je l’ai complètement accepté et cela m’a transformée. Si j’avais apposé de la résistance et laissé mon mental juger de cette situation, j’aurais alors décrit cette expérience en utilisant le qualificatif « honteuse ».

Ce matin, je pleure encore de reconnaissance et de gratitude. Jamais je n’aurais pu vivre cela sans vous les yogis, sans ce studio de yoga, sans Iza, sans ma famille et mon amoureux, sans mes amis, sans toutes les expériences riches que la vie a mis sur mon chemin à travers lesquelles j’ai passé bien souvent en résistant plutôt qu’en accueillant. Hier, j’ai accueilli le moment présent avec tout ce qu’il contenait d’effrayant pour mon mental et finalement, je suis toujours en vie !

Depuis au moins trois ans, je travaille à me reconnecter à ma créativité, je crois que je l’ai ensevelie à quelque part dans mon enfance avec la petite fille que j’étais alors. À chaque fois que monte en moi l’image de cette petite fille, je pleure… car elle représente ce que j’ai laissé derrière car j’avais trop peur… et à ce jour, les peurs de cette petite fille m’habitent encore : À tous les jours j’ai peur de ce que les gens pensent ou pourraient dire, j’ai peur de ne pas être assez, de ne pas faire ce qu’il faut pour développer le studio de yoga, de ne pas être un bon prof, de ne pas avoir assez de connaissances, de vous décevoir, de faire de la peine en disant ce que je pense, et cette liste pourrait s’allonger indéfiniment. Mais la plus grande peur qui m’habite est la suivante : J’ai peur d’être qui je suis tout au fond de moi car il me semble qu’il n’y a rien de beau en moi et que si je laisse tomber le masque d’appart, vous allez tous vous pousser en courant… Est-ce que cela résonne en vous ?

Merci la vie, la preuve a été faite hier, tout cela c’est du gros bullshit de mon mental.

Comment pensez-vous que les yogis présents ont vécu cette expérience ? Certains m’ont nourrie, littéralement en m’apportant mon diner ! D’autres m’ont nourrie en me remerciant pour mon courage et aussi pour leur avoir permis de m’accompagner dans cette expérience. Je ne peux pas dire qui a fait le plus de bien à l’autre dans toute cette histoire mais je sens clairement que mon cœur est plus léger. Je vais continuer à avoir peur, mais je porte maintenant en moi une expérience personnelle qui me démontre que les peurs, lorsqu’on marche à leurs côtés plutôt que de les laisser nous envahir, nous rendent plus authentiques.