Les confessions de Valérie: Mon incapacité d’accepter le moment présent

Par Valérie Trinh © Bodhi Yoga Boucherville – 6 avril 2020 – Tous droits réservés.

Il est 5h00 du matin et je me réveille suite à un rêve où je quitte ma maison avec un ami que je n’ai pas vu depuis au moins 11 ans! Je suis enceinte et lorsque je ferme la porte de ma maison, c’est une vielle porte de grange qui ne ferme plus complètement et que je réussis à barrer de peine et de misère. J’invite Simon à prendre place dans ma voiture et je l’informe que je suis un peu « cowboy » dans ma conduite. Il y a un grand sentiment de liberté qui m’habite ainsi que de la joie, pure et simple.

À mon réveil, je suis de retour dans un cycle de pensées qui tournent en boucle depuis plusieurs jours… je suis incapable d’accepter le moment présent et cela génère une grande frustration en moi. J’aimerais profiter de ce temps d’arrêt pour faire des choses que je n’ai habituellement pas le temps de faire et je n’y arrive pas. Je tourne en rond dans ma maison et mes pensées tournent en boucle. Je me sens prise au piège et c’est très inconfortable.

Mon subconscient se met également de la partie… Il y a deux soirs, alors que je m’installais au lit pour la nuit, j’écrivais cette induction dans mon journal de rêves : « Cette nuit je me souviens de mes rêves et je laisse la place à ma créativité ». Ce qui est intéressant c’est que les mots créativité et réactivité ont exactement les mêmes lettres organisées de manière différente. Malgré mon intention d’écrire le mot « créativité », c’est en fait « réactivité » que j’inscrivais sur ma feuille.

Ce temps d’arrêt nous oblige à nous regarder, à faire face à nos démons ou à tout ce qu’on a enfoui sous le tapis en espérant que personne ne s’en rendrait compte. Et là, on fait tous du ménage !! Alors bonjour les retrouvailles !!

Ce temps d’arrêt me permet tout de même de prendre conscience de plusieurs choses : Il y a beaucoup de « il faudrait » dans ma vie : Il faudrait que je sois plus présente sur les médias sociaux, il faudrait que je sois plus créative, il faudrait que je sois capable de créer des ateliers de yoga que les gens vont aimer, il faudrait que je sois un bon maître pour Penny-Joy, il faudrait que je sois reconnaissante pour ce que j’ai dans ma vie, il faudrait que je ne me sente pas coupable, il faudrait que je trouve des solutions pour ceci ou pour cela, il faudrait que je sois quelqu’un d’autre que celle que je suis alors que je ne suis même pas certaine de qui je suis.

Hier, en m’installant pour préparer la classe de Yin méditation, je me suis arrêtée pour respirer et méditer. Je voulais méditer sur la gratitude et tout ce qui remontait en moi était de la culpabilité. Incapable de ressentir de la gratitude, je me suis jugée et cela a généré un sentiment de culpabilité. Si j’arrive à vous décrire tout ceci, c’est que malgré tout, je réussis à prendre du recul par rapport à ce que je vis. Mais je juge ce que je vis comme inadéquat et cela créer cette boucle de pensées qui génère encore plus de culpabilité.

Je vais être honnête, j’aimerais mieux me rouler en boule pour quelques jours, disparaître de la surface de la terre et ne plus avoir à faire face à ces pensées. Car elles sont nourries par la peur… celles de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de passer à côté de, et toutes celles que je n’arrive pas à nommer mais que je sens très présentes au plus profond de moi. Et j’ai une fois de plus l’impression d’avoir à revisiter cet espace inconfortable alors que je l’ai fait pas plus tard qu’hier, et que la semaine passée et que le mois passé, et est-ce que la marmotte à vue son ombre ou bien suis-je dans le film “le jour de la marmotte” ??

Et là je me dis : Peut-être que ma créativité passe d’abord par l’acceptation de ma réactivité ? Peut-être que l’accès à la gratitude passe d’abord par l’acceptation de la culpabilité que je génère moi-même en jugeant que je devrais être reconnaissante? Peut-être qu’il est temps de simplement lâcher prise, et pendant que j’écris ces mots, je me dis que je connais la poutine et que je devrais le faire sans problème! mais non… Ça ne marche pas comme ça le lâcher prise ! Ce n’est pas une décision prise par la tête, c’est une décision prise par le cœur. Et pour que le cœur lâche prise, il doit faire ses propres constats, ceux qui lui permettent de croire, hors de tous doutes, que la personne que je suis est valable, malgré ses écarts et ses erreurs, qu’elle est digne d’amour, particulièrement d’amour propre, qu’elle a ses propres couleurs, ses propres saveurs, ses propres rêves et qu’ils sont simplement merveilleux, qu’elle a les capacités de faire face à ce qui se trouve devant elle, même si elle ne les voit pas encore…

La vie est une succession de petites morts et de renaissances. Malgré le fait que nous soyons tous déjà passés par ce processus, il n’en demeure pas moins souffrant et parfois même très douloureux. J’émets même l’hypothèse que plus la souffrance est grande, plus la renaissance sera merveilleuse. Mais le temps passé dans la souffrance est celui que je tente de fuir alors qu’il suffit de l’accueillir à bras ouverts. Et la simple idée d’accueillir cette souffrance est rebutante, pourtant elle est salutaire.

Je retourne donc à mes pensées en boucle, pour les confronter avec la réalité et ainsi tranquillement défaire chacune des boucles pour en faire des chemins qui mèneront vers cette personne que je suis et que je découvre un peu plus à tous les jours et ce, jusqu’à mon dernier souffle.

Et si le rêve que j’ai fait ce matin m’invitait à accueillir ce nouveau projet (je suis enceinte) bien que je ne sache pas ce qu’il est encore? La vielle porte de grange qui ferme à peine et que je barre, retient sans doute toutes ces fausses croyances que je maintiens en vie grâce à toutes ces boucles de pensées. Il est temps de faire le ménage ! Ce vieil ami m’invite à renouer avec la gratitude qui m’habitait naturellement il y a 11 ans ! et le fait que je l’informe d’une conduite un peu « cowboy » est une invitation à me lâcher lousse, à me défaire de certaines idées préconçues, à aller de l’avant dans la joie pure et simple.

Je ne sais pas comment j’arriverai à mettre tout cela en place, mais une chose est sûre, je vais essayer.