Les confessions de Valérie Les cônes orange

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 15 septembre 2016 – Tous droits réservés.

Les cônes orange sur notre chemin sont-ils vraiment nécessaires ? C’est la question que je me posais vendredi dernier alors que je vivais une folle journée où j’avais l’impression de tourner en rond et de ne pas arriver à faire les choses qui s’empilaient sur mon bureau de travail. En l’espace de 30 secondes, mon bien être physique s’est transformé en état de panique. Moi qui avais eu une superbe nuit de sommeil et qui me sentais en pleine forme, il n’aura fallu que quelques petits cafouillages pour me saper toute mon énergie et la confiance que j’avais en débutant la journée.

Comment arrive-t-on a s’emballer aussi rapidement et à perdre les pédales ? Je ne le sais pas car si j’avais la réponse, je ne me poserais pas toutes ces questions !

Comme vous, je le suppose, j’ai lu plusieurs articles traitant du stress et de ses effets pervers sur notre organisme. Oui, le stress est nécessaire à notre survie mais lorsqu’il devient la source numéro un de nos difficultés, il se transforme en poison insidieux qui vide notre réservoir d’énergie sans qu’on en soit pleinement conscient. Mais qu’est-ce que le stress ? Selon le petit Larousse ” Le stress est un ensemble de perturbations biologiques et psychiques provoquées par une agression quelconque sur un organisme. Il est déclenché par le cerveau qui stimule la sécrétion de corticoïdes et d’adrénaline par les surrénales. Il s’ensuit une activation générale non spécifique, physique et psychique favorable à la défense de l’organisme. Cependant, un stress intense ou prolongé serait source de divers troubles (anxiété, fatigue, ulcère gastrique, angine de poitrine, eczéma, etc).

Nous vivons dans un monde où tout va de plus en plus vite et cela génère un niveau de stress accru pour l’ensemble de la population. Chaque situation stressante non réglée réduit notre capacité à affronter la suivante et notre résistance au stress s’atténue. On peut en arriver au point où les petits riens tel que: “il n’y a plus de lait dans le frigo”, deviennent une situation de crise familiale! Ce qui m’embête le plus vient du fait que la majorité du stress que l’on ressent est causé par nos réactions à des situations extérieures à nous et souvent hors de notre contrôle: “Il y a un bouchon de circulation non prévu, je suis en retard pour aller chercher ma fille à l’aéroport et comble du malheur, mon cellulaire est mort. Je commence à imaginer les pires scénarios et voilà, mon cœur se met à battre à tout rompre, j’ai des sueurs froides et j’ai l’estomac complètement à l’envers.” Je suis certaine que vous pouvez tous vous rappeler une situation qui vous a fait vivre la même chose.

J’aime bien me répéter que comme je suis responsable de mes réactions, je suis à même de les contrôler. “Yeah right” Plus facile à dire qu’à faire! Même si encore une fois la clé est à l’intérieur, si je ne trouve pas la maudite serrure, je ne serai pas plus avancée ! Si en situation de stress, je pouvais m’arrêter pour prendre un pas de recul et la réévaluer, il est probable que je pourrais arrêter l’escalade que créeront les hormones de stress dans mon corps. Parfois j’y arrive et parfois, ça m’est difficile et c’est là que tout part en vrille. Je vous le partage honnêtement et en toute humilité, je crois sincèrement que c’est là ma plus grande frustration. Je connais le principe, j’essaie de l’appliquer dans ma vie de tous les jours, j’en parle dans mes classes de yoga et je me retrouve là à tourner en rond, mon cœur voulant sortir de ma poitrine, les mains tremblantes et avec toutes ces hormones qui me font me sentir vraiment mal physiquement et mentalement. J’ai envie de partir en courant loin de tout ça. Est-ce que cela résonne en vous? Comme si ce n’était pas assez, une sensation de perte de contrôle pimentée de colère s’ajoute à tout ce beau cocktail ! Je pense que courir ou faire des jumping jack m’aiderait vraiment à me libérer des hormones qui circulent en moi et qu’au final, je me sentirais mieux.

Mais la réalité est la suivante: Ce qui augmente mon niveau de stress sont les pensées que je génère suite à l’événement stressant. J’aimerais être rendue capable de faire tout ce que je sais que je devrais faire et que je ne suis pas encore capable de faire. Si à ce moment précis, je pouvais m’arrêter pour observer ce qui se passe en moi, je pourrais alors nommer ma déception et choisir de lâcher prise. Mais je n’y suis pas arrivée et les hormones du stress ont eu le champ libre pour m’en faire voir de toutes les couleurs.

Voilà une autre expérience qui me fait penser à la pratique du yoga. J’ai appris à travers elle à accepter les limites de mon corps. Je vis bien avec le fait que je vieillis et que j’ai moins d’énergie car le pendant positif à cela, c’est que j’ai une plus grande compréhension de la vie ou un peu plus de sagesse! J’ai par contre beaucoup de difficulté à accepter que je n’arrive pas toujours à appliquer ces principes à ce que je vis hors de la classe de yoga et cela me frustre au plus haut point. Surtout quand je sais que c’est exactement ce qui me ferait le plus de bien! Je voudrais maîtriser la technique et pouvoir l’appliquer comme bon me semble à toutes les situations de ma vie. Je suis également consciente que si cela était si facile à réaliser, on ne vivrait pas dans le monde dans lequel on vit. J’arrive cependant à la conclusion que c’est un travail de toute une vie. Certains d’entre vous peuvent appliquer ce que je vous décris à leur retour au travail après les vacances, à une situation familiale qui se dirige peut-être vers une séparation, à un grand changement de vie tel un déménagement, à l’arrivée d’un nouvel être humain sur terre, au départ d’un être cher, ou simplement à la résistance qu’on applique inlassablement à accepter qu’on ne soit pas parfait et que rien n’est parfait.

Les cônes orange servent justement à ça. Ils nous obligent à ralentir et peut-être même à profiter du paysage que nous n’aurions pas vu si on roulait à 120 km/h. La frustration, la colère, la déception sont des émotions normales et nous n’avons pas appris à les accepter comme la joie, l’amour, ou le bonheur. Elles n’ont pas la cote et on cherche par tous les moyens à ne pas les vivre. Je réalise en écrivant ce matin qu’en me permettant de vivre ma frustration, et je ne parle pas ici de la crier sur tous les toits et de dire à qui veut bien l’entendre que la vie est injuste !! Mais plutôt que lorsque je me donne le droit de la ressentir pour voir ce qu’elle cache de plus profond, je peux alors réfléchir et me poser les questions suivantes: Est-ce que j’ai peur de l’échec, ou de décevoir les gens qui m’entourent ? Est-ce j’ai peur de perdre ? Et qu’est-ce que je pourrais perdre dans les faits ? La face, de l’argent, un ami, une relation ?? et alors, je n’en mourrai pas, bien que mes sensations corporelles me laissent croire que oui. C’est une sensation et comme je le répète souvent après la posture du chameau: ” Si vous vous sentez nauséeux ou étourdis, c’est normal et ce n’est qu’une sensation. Si vous vous accrochez à elle comme si votre vie en dépendait, cette sensation va se sentir bienvenue dans votre corps et elle va y rester”. Si par contre vous l’observez et vous respirez dedans, vous lui dites qu’elle a le droit d’exister sans toutefois vous l’appropriez. “Je suis Valérie Trinh et j’éprouve une sensation de découragement. Je ne suis pas obligée de me laisser envahir par le découragement “.

Voilà ce que les cônes orange m’auront appris: En lâchant prise, je me suis donnée le droit d’être imparfaite, de ne pas avoir toutes les réponses et comme par magie, elles se sont inscrites sur les pages de cette confession. Et vous, avez-vous croisé des cônes orange cette semaine ?