Les confessions de Valérie – Ces femmes qui m’inspirent

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 16 février 2020 – Tous droits réservés.

Depuis plusieurs mois maintenant, j’ai la chance de côtoyer des femmes extraordinaires qui m’émerveillent de par leur capacité de résilience face à l’adversité. Je parle de ces femmes qui vivent avec un cancer et qui, à travers tout ce qu’elles doivent vivre seules ou accompagnées, choisissent de s’arrêter au moins une fois par semaine pour venir prendre des nouvelles de leur intérieur.

Il n’est jamais facile de s’arrêter pour prendre des nouvelles de cet intérieur, de se regarder sans masque, sans artifices, sans maquillage, et je parle ici en toute honnêteté et sans savoir si ce que je dis a du sens car je ne suis pas malade, je n’ai pas à gérer des visites à l’hôpital pour des traitements qui sont sensés me faire du bien mais qui me rendent malade, je n’ai pas à vivre avec les pensées incessantes de doutes, de craintes, de remises en question sur des choix de vie que j’ai fait ou que je n’ai pas fait… je n’ai pas à vivre avec le regard des autres qui en dit toujours plus sur leurs propres peurs que sur les miennes, bref, je n’ai pas le cancer et je ne l’ai jamais eu.

La seule expérience qui se rapproche un peu de ce que je vous ai décrit est celle que j’ai vécue en septembre 1998 alors que j’ai décidé de me faire raser le coco pour le défi têtes rasées de Leucan. Cela s’est fait un vendredi soir, au stade Olympique pendant un match des expos !! Toute ma famille était présente, ma mère, mon chum, mes enfants alors âgés de 4 et 6 ans et demi, ainsi que des amis ! Bref, une belle gang de fous, venus me supporter dans ma propre folie !  J’avais amassé pour l’événement la petite somme de 550$ et j’avais aussi décidé que je me ferais complètement raser la tête puisque je voulais vivre l’expérience à fond et que je me doutais que ce serait sans doute la seule fois qu’une telle bulle monterait à la surface de mon cerveau !!

Le coiffeur qui m’a rasée était un homme charmant, un italien qui ne voulait pas que j’utilise le grade zéro sur le clipper, il voulait que je garde une petite longueur, un duvet de canard ou comme je le disais moi-même, un poil de kiwi !! Mais non, j’ai tenu bon et j’ai fait raser tous mes cheveux avec le clipper au grade zéro. Je crois que ma décision a traumatisé pour un temps, ma fille de 4 ans car elle ne voulait plus me parler et voulait emménager chez sa grand-maman, ne se reconnaissant plus en moi qui avais perdu mes cheveux !!

Le lendemain matin, nous avions rendez-vous avec Armande, l’hôtesse au célèbre Pax Deli de Boucherville, pour lui montrer ma nouvelle tête! Elle m’avait offert 20$ pour la coupe, en échange d’être la première à me voir sans cheveux !! Chose promise, chose faite ! Nous déjeunons en famille et à notre sortie du restaurant, le soleil est généreux, et nous sommes tous très heureux.

Nous croisons un jeune couple qui arrive et lorsqu’ils m’aperçoivent avec mon mari, ma mère et mes deux jeunes enfants, leur regard s’éteint, je le vois se voiler sous mes propres yeux et je comprends instantanément ce que vivent chacune de ces femmes à tous les jours. Pour ma part, ce sentiment n’a duré qu’un bref instant puisque je savais que j’étais en pleine forme… J’avais même envie de courir derrière eux pour alléger leur souffrance en leur disant que j’allais bien, que ma tête était le résultat d’un trip personnel, de cette bulle montée à mon cerveau.

Mais ces femmes n’ont pas ce loisir. Elles doivent faire face à ce regard qui reflète peut-être leurs propres craintes face à tout ce qu’elles vivent, leurs propres émotions voilées, le regard qu’on n’ose pas tourner vers soi et vers l’idée qu’un jour, on va mourir… Mais ce n’est pas nécessairement ici que s’arrête le parcours et c’est ce qu’elles me démontrent à chaque fois que je les vois prendre des nouvelles de leur intérieur. Je me sens choyée de contribuer à ce moment privilégier et comme je leur dis à chaque semaine, je ne sais pas qui fait le plus de bien à l’autre… Je peux par contre vous dire que d’entendre leur souffle s’allonger de minute en minute tout au long de la pratique, de sentir la pression qui les habitait à leur arrivée, baisser à chaque respiration, de voir leur sourire rempli de légèreté après leur pratique de yoga, m’apporte un sentiment qu’il est difficile de décrire. C’est un mélange de plusieurs émotions nobles : de la gratitude, de la joie, du respect, de l’amour, de la foi en plus grand que moi et qu’elles, et de tout ce qui nous unis à travers notre simple présence ensemble lors d’une pratique de yoga.

Merci de continuer à prendre des nouvelles de votre intérieur et de nous obliger à faire de même. Vous avez mon plus grand respect et je vous aime toutes profondément.

 

Valérie