Les confessions de Valérie Expérience Extra-corporelle

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville – 7 septembre 2016 – Tous droits réservés.

C’est lundi et je me questionne à savoir si je participe à la classe de 17h00 ou si je prends ce temps pour travailler. Est-ce que cela vous rappelle quelqu’un ? Il est parfois difficile de s’arrêter et de prendre du temps pour soi. La vie va tellement vite et les pressions, tant au niveau du travail que de la vie familiale font en sorte qu’on s’oublie ou qu’on se met de côté pour combler le sentiment d’avoir accompli plus d’actions “importantes” tout au long de notre journée. Mais qu’est-ce qui peut être plus important que nous même?

Maintenant, arrêtons-nous deux minutes pour relire ce paragraphe et portons attention aux notions importantes: “On s’oublie soi-même pour soulager un sentiment de performance”. Bam !, je le prends en pleine bouille !! Et oui, je ne suis pas à l’abris des babillages incessants du mental qui nous poussent souvent dans des directions qui sont “socialement bien vues” mais qui vont généralement à l’encontre de nos besoins réels. Voilà pourquoi j’adore pratiquer le yoga. C’est un temps d’arrêt que je m’octroie et pour 60 ou 90 minutes, je suis en tête à tête avec moi-même. Je peux observer la vigueur de mon mental dans les premières postures, surtout le pranayama respiration profonde car j’entre souvent en classe à la dernière minute. Lorsque j’ai la chance d’y entrer 15 minutes avant le début du cours, je peux simplement m’asseoir sur mon tapis et m’arrêter. Cela calme mon mental et je débute alors la classe avec un meilleur focus. Mais qu’à cela ne tienne, si ce n’est pas possible, je profite de ce moment d’activité mental pour m’observer et aussi nommer ce qui me garde mentalement à l’extérieur de mon corps. Je me rends compte que bien que je porte attention aux consignes qui sont données par le professeur, mon mental revient à la charge avec les choses que je pourrais être en train de faire. Je fais même une liste mentale de ces choses pour ensuite la transposer sur papier à ma sortie du cours ! Nous ne sommes pas parfaits et c’est tant mieux, mais nous pouvons tendre à nous améliorer et c’est ce que fait le yoga dans ma vie de tous les jours.

Lorsque mon mental part en vrille, je sens mon rythme cardiaque s’accélérer et je perds de plus en plus ma capacité à me concentrer. Les pensées arrivent dans un flot difficile à contrôler et je le ressens physiquement; je me sens mal dans mon corps. Ce dernier commence par se crisper et des tensions apparaissent dans mes épaules, dans ma nuque, dans ma mâchoire. Ma respiration devient superficielle et c’est ce qui cause mon manque de concentration car je n’envoie plus assez d’oxygène aux cellules de mon cerveau.

Comment fait-on pour ressentir tous ces changements dans notre corps me direz-vous? Je vous réponds que c’est grâce à la pratique du yoga. Vous voyez, tout est relié. La conscience que l’on développe dans la classe de yoga par rapport à son corps et son mental, continue de croître à l’extérieur de celle-ci. Vous devenez donc plus conscients de votre respiration alors que vous êtes au travail où en train de vous disputer avec votre amoureux ou votre meilleure amie! Si cette conscientisation de votre ressenti physique arrive à traverser les voiles de votre mental en situation de stress, il devient alors possible de faire un choix car on voit plus largement que la situation dans laquelle on se trouve. On se voit dedans et voit l’autre dedans. Et parfois, on voit même ce qu’on refuse de laisser aller parce qu’on est convaincu que c’est la seule façon de faire. Cela se passe un peu comme une expérience extracorporelle! C’est comme si le temps s’arrêtait. On se voit devant cette situation et plutôt que de réagir de façon connue, on choisit d’essayer quelque chose de différent.

Tranche de vie ! Je suis en voiture avec mon fils qui est alors âgé de 16 ans. Il a commencé ses cours de conduite et nous partons ensemble pour aller à une rencontre de parents. Il est au volant, je suis assise côté passager. Je n’entrerai pas dans les détails mais vous comprendrez que nous avons eu un accident ! Je me revois assise sur le siège à côté de mon fils et je ressens encore toute la colère qui est montée en moi en mois de deux secondes. Et là, je me suis vue d’en haut et j’ai aussi vu que j’avais le choix de: Un; péter ma coche et de donner un char de marde à mon fils ou deux; prendre une grande respiration et de lui demander ” es-tu correct? ressens-tu de la douleurs? peux-tu sortir du véhicule? Et c’est l’option deux qui a gagné ! Mon corps m’a confirmé instantanément que j’avais pris la bonne décision. Je vous le dis, c’est à ce jour l’expérience extracorporelle la plus forte que j’ai jamais vécue.

Donc, s’il nous est possible de nous arrêter et de prendre une grande respiration pour oxygéner notre cerveau et de calmer le sentiment intérieur qui nous habite, on regagne alors l’accès à notre moi profond ou si vous préférez, à notre âme. C’est avec cette partie de nous-mêmes qu’on prend les meilleures décisions. La pratique consciente du yoga nous reconnecte donc avec notre âme. Cette pratique nous oblige à nous recentrer sur nous même autant physiquement que mentalement. Elle nous apprend que travailler à exécuter une posture n’est pas un concours, que ce n’est pas non plus de la performance mais que c’est une discipline et qu’une discipline, c’est parfois souffrant, parfois énervant, parfois frustrant, mais c’est aussi une méthode qui nous permet de voir notre progression personnelle. Cette progression se fait à notre rythme dans la mesure de ce que notre corps peut faire au moment où il est dans la classe. Il est important de comprendre que ce n’est pas le corps d’hier ou celui de demain qui exécute les postures, mais que c’est le corps d’ici et maintenant avec ses tensions et ses raideurs. Bien qu’hier, je pouvais garder l’équilibre tout au long de la posture de l’arc debout, il est possible qu’aujourd’hui je tombe continuellement. Pourquoi ? C’est à moi de trouver la réponse. Est-ce que je suis dans mon corps ou suis-je en train de me demander ce que je vais manger pour souper ? Est-ce que j’ai mal au pied et que dû à cette douleur, je n’arrive pas à porter mon poids adéquatement sur ma jambe d’appui ? Est-ce que je kick bien ma jambe vers le haut et l’arrière en même temps ou est-ce que je laisse mon pied droit partir vers la gauche, mon épaule droite s’ouvrir vers la gauche et ma tête pencher vers la gauche? Vous voyez, en quelques lignes j’ai décrit trois situations possibles alors qu’il en existe des dizaines voir même des centaines.

Nous sommes des êtres complexes et nous sommes constitués de chair et de sang mais également de pensées et d’émotions. Ces pensées et ces émotions influencent notre posture de tous les jours et même notre état d’esprit. Voilà pourquoi la pratique du yoga nous aide à mieux nous connaitre. Elle travaille le corps dans son alignement, en nous permettant de développer plus de force et de souplesse là où nous en avons besoin, mais elle développe également notre capacité d’observation. Lorsqu’on devient habile à observer autant le corps que le mental on peut choisir consciemment les pensées qui nous habitent. Nous redevenons tranquillement maître de notre mental plutôt que d’en devenir l’esclave. Mais c’est un travail de tous les jours qui nécessite de la patience, de la persévérance, de l’engagement envers soi-même et beaucoup, beaucoup d’humilité et d’indulgence.