Les confessions de Valérie Mes origines Vietnamiennes

Par Valérie Trinh © Bikram Yoga Boucherville -31 Août 2016 – Tous droits réservés.

Nous sommes mardi et c’est le moment de la journée où je m’installe devant l’ordinateur pour écrire une nouvelle confession. C’est étrange car je ne sais pas trop de quoi je vais parler, alors j’écris ce qui me passe par la tête et je me laisse inspirer par tout et rien.

Je viens de vivre une semaine très intense. Peut-être que vous ne le saviez pas, mais nous venons de changer le revêtement de sol dans la salle de notre studio de yoga chaud. Bikram Yoga Boucherville, c’est le nom de notre studio et c’est ma deuxième demeure. C’est également la suite logique de tous les choix que j’ai fait dans ma vie car ils m’ont menée exactement là où je devais me trouver. C’est d’autant plus effrayant, car lorsqu’on est jeune et qu’on croit être le roi du monde et tout savoir et surtout, mieux et plus que nos “vieux parents”, on ne réalise pas à quel point les choix d’aujourd’hui impacteront sur la réalité de demain.

Je viens d’une famille pas comme les autres. Je suis née en mai 1969 d’un papa vietnamien et d’une maman québécoise. J’ai un frère plus vieux que moi de 16 mois et ceci constitue l’unité familiale de mon enfance comme le dirait si bien mon frère. En 1969, il n’y avait pas beaucoup de couples formés d’une québécoise et d’un vietnamien, nous avions donc un statut particulier, d’autant plus que nous demeurions déjà à Boucherville. Sans vouloir entrer dans les détails de mon enfance, je me suis beaucoup cherché à travers le regard des autres et peut-être plus parce que j’avais un statut différent, j’étais à moitié vietnamienne et peut-être que j’avais peur de ne pas être acceptée, ou de ne pas avoir ma place dans une petite communauté comme la nôtre.

J’ai eu le bonheur d’essayer toutes sortes d’activités qui vont de la natation au dessin sans toutefois en trouver une qui me branchait réellement. J’ai fait de la danse mais j’étais incapable de rentrer mon ventre tout en serrant les fesses ce qui a mis fin à ma carrière de ballerine !! J’ai également fait du patin artistique mais comme je ne sentais plus mes pieds au bout de quelques minutes passées sur la glace car mes patins avaient été attachés trop serrés, j’ai abandonné le patin! J’ai fait le pitre pendant plusieurs étés à me laisser pendre la tête en bas alors que je me retenais par les jambes au montant de la balançoire qu’il y avait dans ma cour. Une vie pas trop compliquée, dans un beau quartier.

Est-ce que ça vous arrive de repenser à votre vie comme je viens de le faire et de réaliser à quel point vous vous l’êtes compliquée ? J’ai souvent cette réflexion et bien que je comprenne qu’il n’y a que moi qui peut faire les choix que je fais, je ne peux m’empêcher de penser aux répercussions qu’ils auront sur les gens qui m’entourent. Lorsqu’on est enfant, il est normal d’avoir besoin de l’approbation de nos parents ou des adultes qui nous entourent car elle nous permet de gagner en confiance et en autonomie. Mais il arrive un moment dans la vie où l’approbation doit venir de soi et de personne d’autre. Je ne sais pas si cela était enseigné en classe, mais si ça l’était, j’ai dû sécher le cours ou j’étais absente lorsqu’il a été enseigné car je n’ai aucun souvenir qu’on m’est encouragée à faire cela.

Détrompez-vous, j’ai été bien épaulée lorsqu’est venu le temps de faire un choix pour mes études collégiales. Mon père nous a toujours encouragé à faire quelque chose qu’on aime car cela serait plus agréable d’y travailler toute une vie !! Mais j’ai toujours trouvé difficile de déterminer ce que j’aimais car si c’était différent de ce que mes parents aimaient, je croyais qu’ils ne m’aimeraient plus. Voyez-vous comment on se complique la vie ? J’ai grandi avec les paroles du Christ qui disaient: “Aimez-vous les uns les autres”, un Jésus qui prêchait l’amour alors que l’église le représentant prêchait le pardon et le péché. Pourquoi est-il plus facile de croire que nous avons péché plutôt que de nous savoir dignes d’amour ? C’est une question que je me pose à tous les jours.

Nous avons besoin de balises pour faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal, mais lorsque ces balises nous gardent dans un carcan, elles ne font plus leur travail, elles nous enchainent à notre vie, ou à l’idée qu’on s’est fait de ce que devrait être la vie. Ouff, c’est profond !!

C’est donc avec la crainte de décevoir mon père que j’ai choisi de faire mes sciences de la santé au Cégep Édouard-Montpetit. J’adorais les cours de biologie et détestais ceux de physique et de chimie. Trop abstrait pour moi à ce moment de ma vie, et je me mettais tellement de pression pour réussir que tout ce que j’arrivais à faire était de me stresser. Aujourd’hui la pratique et l’enseignement du yoga me permettent de mieux comprendre les lois de la physique ! Rien ne se perd, rien ne se crée !!

Mes choix de vie m’ont amené à travailler en France pendant l’été de mes 20 ans et c’est à ce moment que j’ai découvert le plaisir de la photographie. À mon retour, j’ai voulu transposer ce plaisir en travail et j’ai tenté ma chance en m’inscrivant au collège Dawson. J’ai complété la première année avec succès et suis devenue enceinte au début de l’été 1991. J’avais 22 ans !! Encore des choix de vie parfois conscients, parfois moins. Soyez rassurés, je ne regrette rien, au contraire j’ai aujourd’hui un garçon de 24 ans et une fille de 22 ans. Comme je les ai eu à un jeune âge, eh oui, j’ai aujourd’hui 47 ans! j’ai pu faire du yoga chaud et compter sur eux pour me nourrir à mon retour !! Vous voyez comme la vie est bien faite lorsqu’on s’attarde à la regarder comme il le faut.

Ce que j’essaie de vous dire c’est que peu importe ce qui se passe dans notre vie, si on garde en tête que nous sommes ici pour peu de temps, mais aussi que nous y sommes pour expérimenter toutes sortes de sensations, d’émotions, et de situations, alors la vie devient un grand terrain de jeu. Si en plus on réussi à comprendre et surtout à accepter que nous choisissions de vivre ce qui nous arrive, on accepte d’être responsable à 100% de sa vie. Je sais, ça peut sembler lourd à porter car lorsqu’on fait ce choix, il n’y a plus de place pour le blâme. Bien qu’il puisse sembler plus facile ou plus simple de vivre sa vie en blâmant le voisin, Dieu, le gouvernement, notre patron, nos parents de ce qui nous arrive, on peut aussi choisir de faire autrement. S’arrêter et regarder les choix qui nous ont conduit exactement là où nous sommes. De là, le plus beau geste d’amour et de courage qu’on peut avoir envers soi-même est de prendre la décision de changer l’expérience que l’on vit. Ce n’est pas facile, mais oh combien ce choix devient gratifiant car si nous sommes responsables de nos échecs à 100%, nous sommes également responsables de nos réussites à 100%.

J’ai choisi l’approbation de mon père et ce choix m’aura permis de travailler 16 ans au service de police de la ville de Montréal où j’y ai rencontré des gens extraordinaires et qui font toujours partie de ma vie. J’y ai rencontré Daniel, un mentor qui m’a aidée, soutenue et qui m’a présenté Kim Truong, le physio-médecin chinois- acupuncteur dont je vous ai déjà parlé. J’y ai également rencontré l’amour, Gilles l’homme avec lequel je vis une relation des plus authentique et harmonieuse.

Commencez-vous à voir les dessins de la vie ? Même si j’avais choisi l’approbation, la vie s’est chargée de mettre sur ma route des personnes qui m’ont montré ma voix. Et cette voix a toujours été là, prête à ce que je la choisisse. Qu’attendez-vous pour choisir la vôtre ?